autiste & femme

dangers accrus et difficultés plus invisibles encore

01/ l'autisme au féminin 

une expression différente et peu connue de l'autisme

Depuis quelques temps le milieu de l'autisme réalise que la sous-représentation des femmes dans la condition autistique viendrait plutôt d'un biais diagnostic. De nombreuses recherches sont en cours pour mieux comprendre la façon dont l'autisme s'exprime pour les femmes. Les difficultés de communication et sociales, ainsi que les intérêts spécifiques sont communs avec les hommes, mais les intérêts sont moins atypiques et les filles semblent plus douées pour "donner le change" dans leur communication. Il est cependant très courant qu'elles usent du "masking" ou de stratégies de caméléon pour s'adapter à de nombreuses situations sociales : elles font plus d'efforts pour être en relation. Il reste encore beaucoup à faire pour mieux comprendre cette expression singulière, peut-être liée à une biologie différente et surtout à de nombreux biais d'éducation et aux assignations de genre. 

02/ un diagnostic plus difficile 

des critères diagnostiques en cours de révision

Les tests et barêmes pour diagnostiquer l'autisme ont été élaborés à partir d'hommes. Les femmes exprimant des caractéristiques légèrement différentes sont souvent ignorées ou invisibles pour ces tests. Cependant des chercheurs comme Laurent Mottron, Fabienne Cazalis et Adeline Lacroix ont mis ces aspects en lumière, contribuant ainsi à l'évolution des critères diagnostiques pour les femmes. Ainsi, si vous êtes une femme en questionnement ou si vous vous questionnez pour votre fille et que les signes ne sont pas "évidents", il est important de prêter attention à certains signes plus ténus mais révélateurs. Il y a les signes de fatigues et d'effondrement liés à la suradaptation, l'hyperémotivité, les refus catégoriques et/ou une forme d'obstination douloureuse, le besoin d'isolement ou de sommeil important après des temps de socialisation, une tendance à imiter, à prendre les accents, au mimétisme (habillement, façon de parler, gestuelle...), des stéréotypies qui peuvent passer pour des "danses", des amitiés exclusives, fusionnelles ou toujours les mêmes depuis l'enfance. Il y a aussi une loyauté et une curiosité hors-norme, une conscience aiguë et sans compromis et bien sûr une vive intelligence couplée avec des passions auxquelles elle s'adonne avec une grande intensité, et dont il est difficile de l'arracher. Plus les filles sont intelligentes et mieux elles camouflent leur difficultés, sans en avoir toujours conscience. Déceler l'autisme chez une jeune fille peut être compliqué. Il est plus facile parfois de le voir à l'âge adulte car avec des sollicitations plus nombreuses, certaines limites deviennent plus visibles. Cela évitera, nous l'espérons, aux futures générations d'aspergirls de subir les inévitables effondrements, dépressions et burn-out que nombre de femmes autistes pourtant courageuses subissent à 30, 40, 50 ans car elles ne parviennent plus à "faire semblant". 

03/ une minorité encore plus vulnérable 

quand le sexisme s'ajoute au handicap

Il devient de plus en plus évident qu'être une femme dans un système patriarcal est loin d'être facile. Ce système est inégalitaire envers le sexe féminin et plus généralement envers tout ce qui n'est pas de sexe masculin, blanc, valide et hétérosexuel. Les femmes en général sont souvent touchées par l'injustice et les inégalités, et l'autisme ajoute des facteurs aggravant comme une hyperémotivité parfois difficile à canaliser, qui ajoute à la honte d'être "une pleurnicheuse" ou une "hystérique" celle d'être froide et sans émotions (je n'ai jamais compris où se trouve la limite pour être "une fille bien"). Les femmes autistes peuvent être perçues comme malhonnêtes ou manipulatrices à cause de stratégies de caméléon ou "masking", être taxées de mauvaises mères quand elles craquent à cause de surcharges ou qu'elles font des crises autistiques, et à tout cela s'ajoutent évidemment toutes les autres maladresses de communication et sociales, valables aussi pour les garçons. Être à la croisée de ces deux formes de discrimination accentue grandement les risques d'agressions, d'isolement, de dépression car il leur est impossible d'admettre les injustices et les injonctions débilitantes véhiculées par la société et d'assumer la colère légitime que ces injonctions font naître en elles. Les femmes autistes risquent de ne jamais comprendre pourquoi un enfant doit "rester à sa place", pourquoi un·e employé·e doit "s'écraser" devant son patron ou pourquoi une femme doit être "soumise" à son mari, son père ou son frère. Il leur sera sans doute difficile d'admettre que leur parole a moins de valeur quand elles se défendent ou affirment leur point de vue que celle d'un homme ou celle de leur supérieur·e, car les personnes autistes envisagent les rapports de façon égalitaire et seront toujours sensibles aux injustices, d'une manière générale. Les générations de filles et de femmes qui arrivent sont bien plus armées intellectuellement pour remettre ce système en question que les générations passées. Le travail de nos aînées porte ses fruits, même si la société bouge lentement. L'autisme rend plus difficile de comprendre le regard qui est posé sur nous, ce que les autres interprètent de nos manières, de  nos vêtements et de nos comportements empruntés.

Ces interprétations heurtent notre innocence, et si les femmes autistes sont si invisibilisées c'est aussi parce qu'on considère comme normal qu'une femme ait des comportements qui expriment son mal-être (pleurs, dépression, etc), comme si ces comportements étaient typiquement féminins. C'est faux ! Ils ne sont pas "féminins", ils sont les comportements de celles et ceux qu'on humilie, qu'on ignore, qu'on violente, qu'on insulte et qu'on n'écoute pas !  

04/ dangers accrus face aux prédateurs sexuels 

quand l'imitation ressemble à une invitation

Les femmes autistes sont très exposées concernant les viols et les agressions à caractère sexuel en général. Leur naïveté sociale et les implicites dans les rapports de séduction prêtent à confusion et les rendent vulnérables, car elles comprennent mal certaines situations. Ceci est souvent vrai et ne dépend pas de leur intelligence. Sourire pour être admise socialement peut ressembler à une invitation pour certains hommes, ou alors accepter une invitation à sortir dîner n'est pas toujours perçue par les aspergirls comme une tentative de séduction. Si ce n'est pas explicite, il n'est pas rare qu'elles entrent d'emblée dans une relation amicale et rien d'autre. Il s'agit pour elles de faire connaissance et leur naïveté à ce propos n'est pas feinte. N'oublions pas le cas des femmes autistes dont la sensorialité ne supporte pas des relations intimes "classiques" et qui ont besoin de temps ou qui souffrent de vaginisme, ou encore les femmes asexuelles qui en recherchant tout de même des relations amoureuses se heurtent à des réactions agressives et violentes. Les codes pour se sentir belle et s'assurer une sorte de sécurité en imitant les rôles assignés socialement sont parfois connotés d'une façon qui leur échappe (séductrice, homosexuelle, fillette, prostituée, etc), et même s'ils ne leur échappent pas toujours complètement, ces codes sont alors adoptés par goût et ne correspondent parfois pas du tout aux amalgames présents dans la pensée de ceux qui regardent et qui jugent. La culture du viol  qui voudrait faire admettre comme "normales" la drague intrusive, les mains baladeuses, les bises forcées, les insultes si on est trop farouche ou qu'on dit stop, est déjà pesant pour chaque femme. Les aspergirls qui ne comprennent pas toujours les intentions de l'autre peuvent se retrouver dans des situations dangereuses. Cette combinaison augmente les risques pour elles d'être victimes d'abus et d'agressions en tous genres. Si la jeunesse et l'ignorance de notre condition nous font d'abord dire que le problème vient des autres, la répétition de situations traumatisantes et problématiques peuvent conduire certaines d'entre nous à assurer leur sécurité en ne sortant plus, ou seulement accompagnées. Je ne parle pas des dégâts causés par les agressions et viols subis dont elles n'oseront parfois jamais parler, intériorisant les mêmes sentiments d'humiliation et de culpabilité que les autres femmes. Ces sentiments renforceront et seront renforcés par les sentiments d'échecs quant à leur vie amicale, familiale ou professionnelle. La naïveté des aspergirls est tout à fait visible, en particulier pour certains profils de prédateurs ou prédatrices qui en abuseront sans le moindre scrupule. Comprendre les jeux et enjeux de la séduction n'est pas simple et, même si nous pouvons les imiter, nous sommes souvent loin d'en comprendre toute la portée et surtout, nous abordons la séduction aussi simplement que le reste. Quand des femmes autistes veulent avoir une relation amoureuse ou sexuelle, elles peuvent être assez cash et directes dans l'expression de leurs désirs - ce peut être mal perçu. Elles apprennent donc parfois à "tergiverser comme il se doit" pour ne pas endormir l'instinct de chasse du mâle dominant moyen. Bien sûr notre agilité s'affine avec l'expérience et avec l'âge. Personnellement il m'a fallu du temps pour comprendre de tels enjeux, apparus lorsque j'étais adolescente. Jeune adulte je pensais comprendre et maîtriser. J'ai souvent pensé que les gens mettaient du sexe partout et que celleux qui me mettaient en garde étaient obsédé·es, avant de réaliser qu'iels avaient raison et que certains codes m'échappaient, que ces codes étaient socialement admis même si je les pensais stupides ou délétères.

"Traits caractéristiques des femmes autistes"
"Traits caractéristiques des femmes autistes" 2
Diaporama webinaire TSA profil féminin

Diaporama du CRA de Bretagne sur l'autisme féminin présenté en 2021 par Sébastien Mirault. Analyse historique et actuelle des particularités du phénotype féminin dans les TSA.

Autisme et stratégies de camouflage

Document d'Igor Thiriez sur les strates des stratégies de camouflage chez les personnes TSA.

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