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Une petite histoire...

Dernière mise à jour : 17 mars 2021

Quelques millions d’humain·es vivaient dans une immense bâtisse sans porte ni fenêtre. D’innombrables lampes à huile rivalisaient de leur maigre lumière avec les ténèbres qui régnaient en permanence. Comme il était d’usage, depuis la plus sage Antiquité, leur entretien incombait aux pauvres, aussi le cours de l’huile épousait-il fidèlement le cours sinueux de la révolte et de l’accalmie. Un jour une insurrection générale éclata, la plus violente que ce peuple eût connue. Les meneurs et les meneuses exigeaient une juste répartition des frais d’éclairage ; un grand nombre de révolutionnaires revendiquaient la gratuité de ce qu’iels appelaient un service d’utilité publique ; quelques extrémistes allaient même jusqu’à réclamer la destruction d’une demeure prétendue insalubre et inadaptée à la vie commune. Selon la coutume, les plus raisonnables se trouvèrent désarmé·es devant la brutalité des combats...


Au cours d’un engagement particulièrement vif avec les forces de l’ordre, un boulet mal dirigé creva dans le mur d’enceinte une brèche par où la lumière du jour se coula. Le premier moment de stupeur passé, cet afflux de lumière fut salué par des cris de victoire. La solution était là : il suffisait désormais d’aménager d’autres brèches.

Les lampes furent mises au rebut ou rangées dans des musées, le pouvoir échut aux perceurs et aux perceuses de fenêtres. On oublia les partisans d’une destruction radicale et même leur liquidation discrète passa, semble-t-il, inaperçue : on se querellait sur le nombre et l’emplacement des fenêtres !







Puis leurs noms revinrent en mémoire, un siècle ou deux plus tard, alors que, accoutumé à voir de larges baies vitrées, le peuple, cet éternel mécontent, s’était mis à poser d’extravagantes questions : traîner ses jours dans une serre climatisée, est-ce une vie ?

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