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Une solitude habitée

Il est peut-être impossible de définir cette condition diversement commune que l'on appelle l'autisme : chaque personne autiste l'exprime à sa manière. Le terme autiste cherche pourtant à indiquer que l'on est plutôt "tourné·e vers soi", moins suspendu·e à un rapport social pour se sentir exister : c'est plutôt un rapport à la solitude qui imprègne nos vies d'autistes.


Nous savons habiter cette solitude & nous en avons besoin pour nous rétablir de chaque incursion parmi les mondes allistes, aussi bienveillants soient-ils - pour laisser se dissoudre le bruit des sensations trop nombreuses & des sollicitations de chaque phrase, pour laisser se perdre les ruminations sur ce qu'il aurait fallu dire ou ne pas faire remarquer, pour que s'atténuent enfin les impressions envahissantes d'un parfum ou d'une main sur l'épaule.


Nous avons besoin de cette solitude & nous savons l'habiter. Elle est le lieu où nous pouvons contempler longuement des pensées, des alignements, des lumières ou le dévalement des ciels, le lieu parmi lequel se taire, un lieu où ne pas parler ne soulève aucune question. Nous pouvons y simplifier un monde, pour nous abandonner enfin à l'ouvert de chaque sensation, ne plus craindre de perdre les bords si incertains de nos corps, parcourir & nous laisser parcourir par ce qui bruisse parmi l'univers.


Cette solitude nous est nécessaire mais pas seulement : nous l'aimons & quelques autres l'habitent parfois auprès de nous. Alors nous sentons & nous expérimentons notre éternité...









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